Catégories de préjudices · Chapitre 9 / 15
Dépendance aux écrans induite par les plateformes et effets cognitifs
Les données canadiennes et internationales indiquent que les adolescents passent près de cinq heures par jour sur les médias sociaux. Une revue systématique de 58 études publiée dans JAMA Pediatrics52 a établi une association inverse entre l’utilisation des écrans et le rendement scolaire. Des données longitudinales canadiennes53 confirment qu’une exposition accrue aux écrans dans la petite enfance prédit des scores de développement plus faibles à 3 et à 5 ans.
Capital humain et perturbation scolaire
Les données méta-analytiques documentent de façon constante une relation inverse entre l’utilisation des écrans et le rendement scolaire : des tailles d’effet regroupées d’environ −0,19 pour l’écoute de la télévision et de −0,15 pour les jeux vidéo sur le rendement scolaire des adolescents54. Hanushek, Schwerdt, Wiederhold et Woessmann (2015)55 relient le niveau de compétences cognitives aux revenus de carrière à partir des données du PEICA dans 23 pays de l’OCDE, et constatent un rendement moyen d’environ 18 % de salaire horaire supplémentaire par écart-type de compétences en numératie. Les rendements varient d’un pays à l’autre — d’environ 12 % dans les économies nordiques à forte compression salariale à plus de 25 % dans les marchés à plus forte dispersion —, ce qui reflète des différences d’institutions de fixation des salaires plutôt que la relation sous-jacente au capital humain.
Cette moyenne pour l’ensemble de l’OCDE concorde avec les données propres au Canada. Green et Riddell (2007)56 ont utilisé l’ensemble de données EIACA 2003 de Statistique Canada, portant sur plus de 22 000 Canadiens nés au pays, et ont constaté qu’une hausse de 25 points du score moyen de littératie — soit environ un demi-écart-type — était associée à des gains de revenus équivalant à une année de scolarité supplémentaire, ce qui suppose une prime de revenu d’environ 13 à 15 % par écart-type complet. Le rendement canadien des compétences cognitives se situe donc au milieu de la distribution internationale. Les calculs ci-dessous utilisent la fourchette canadienne de 13 à 15 % de Green et Riddell (2007) comme calibrage principal, ce qui produit une estimation prudente par rapport à la moyenne de l’OCDE de Hanushek et coll. (2015).
En appliquant une taille d’effet de 0,1 à 0,2 écart-type aux quelque 330 000 Canadiens qui entrent sur le marché du travail chaque année, à un revenu médian d’environ 50 000 $ pour les diplômés du secondaire, à un coefficient canadien de rendement salarial de 13 à 15 % par écart-type (Green et Riddell, 2007), et en actualisant le flux de revenus au taux d’actualisation social standard de 3,5 % du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada — soit un facteur de valeur actualisée de 8,32 sur un horizon de vie active de 10 ans —, on obtient des pertes de productivité sur l’ensemble de la vie active, d’une valeur actualisée d’environ 1,8 à 4,1 milliards de dollars par cohorte.5758
Annualisé sous forme de coût économique récurrent équivalent (le flux qui, une fois actualisé, génère cette valeur actualisée), cela représente environ 210 à 490 millions de dollars par année en pertes de productivité imposées à chaque nouvelle cohorte de jeunes Canadiens entrant sur le marché du travail. Pour l’ensemble des cohortes touchées actuellement présentes sur le marché du travail ou en voie d’y entrer, le frein annuel total à la productivité est nettement plus important. Compte tenu du nombre d’étapes inférentielles que comporte ce calcul — de l’effet du temps d’écran sur les résultats scolaires jusqu’à l’effet terminal sur le marché du travail —, cette estimation comporte une incertitude méthodologique plus grande que les autres composantes de l’analyse et devrait être lue comme un ordre de grandeur illustratif. L’estimation de la borne inférieure, soit 210 millions de dollars par année, constitue donc un repère important.
Coûts de santé liés à l’attention
En appliquant un facteur d’attribution mixte de 16 à 24 %59 lié à l’exposition aux écrans à la base de coûts de santé combinée de 2,5 milliards de dollars de l’ICIS60 pour le TDAH, les troubles du sommeil et les affections liées à l’obésité chez les jeunes, on obtient de 400 à 600 millions de dollars par année.