Catégories de préjudices · Chapitre 7 / 15
Exploitation sexuelle des enfants en ligne (ESEL)
Les travaux d’enquête donnent à penser que seulement 7 % environ des adolescents victimes d’une forme quelconque de violence sexuelle facilitée par la technologie (VSFT) signalent leur expérience à la police41. Il convient de noter que ce taux de 7 % est un taux mixte pour tous les types de VSFT, fortement influencé par la fréquence élevée des formes moins graves, comme les messages à caractère sexuel non sollicités, qui ne sont presque jamais signalées. Pour les infractions avec contact les plus graves et les incidents d’ESEL — qui constituent la base d’incidence du Programme DUC utilisée dans la présente section —, les taux de signalement sont vraisemblablement nettement plus élevés, ce qui concorde avec les recherches plus larges de Statistique Canada sur la victimisation par agression sexuelle, selon lesquelles de 15 à 33 %42 des infractions sexuelles graves sont portées à l’attention de la police.
Les données du Programme DUC doivent donc être comprises comme une sous-estimation importante de l’incidence réelle, mais une sous-estimation moins marquée pour les infractions graves que ne le laisserait croire le taux mixte de 7 %. L’ampleur annuelle réelle des cas graves d’ESEL touchant les enfants et les jeunes du Canada demeure néanmoins bien supérieure à ce que captent les données déclarées par la police.
L’ESEL englobe une gamme de préjudices graves, dont le matériel d’abus et d’exploitation sexuels d’enfants en ligne (MAESEL), la sextorsion, le leurre et les infractions avec contact facilitées par la technologie. Les services de police canadiens ont déclaré 3 327 infractions d’exploitation sexuelle d’enfants en 202243 (Programme DUC, Statistique Canada). Le Centre canadien de protection de l’enfance a reçu 26 490 signalements de MAESEL présumé pour la seule année 2022.
Coûts du système de santé
Le fardeau du traitement en santé mentale lié à l’ESEL est estimé à partir des données de prévalence et de recours aux traitements. On estime que de 150 000 à 300 000 jeunes Canadiens sont touchés de manière appréciable par la violence sexuelle facilitée par la technologie chaque année, d’après l’estimation de prévalence de Digitally Informed Youth (Nau et coll., 2025) et la mise à l’échelle de la sous-population subissant des préjudices graves à partir des données du Programme DUC de Statistique Canada et du CCPE. En appliquant un taux de recours au traitement de 12 % (correspondant au signalement à un ami, à un membre du personnel scolaire ou à la police) et une fourchette de coût de traitement de 5 000 $ à 15 000 $ (avec une moyenne de 8 000 $) — conforme aux données de l’ICIS sur l’utilisation des services pédiatriques de santé mentale ainsi qu’aux thérapies cognitivo-comportementales intensives et aux traitements en établissement —, le coût direct du traitement en santé mentale est estimé de 145 à 290 millions de dollars par année.
Pertes de qualité de vie
En utilisant le même cadre d’AVAQ que dans la catégorie de l’automutilation et en nous appuyant sur les décréments d’AVAQ méta-analytiques établis pour les survivants d’abus sexuels durant l’enfance (généralement de 0,25 à 0,40 par année pour la première décennie suivant la victimisation, conformément aux pondérations d’utilité EQ-5D pour le TSPT grave et le trauma complexe)44, appliqués à une estimation de 18 000 à 36 000 jeunes victimes d’ESEL grave par année — le sous-groupe le plus gravement touché au sein de la population affectée —, on obtient de 225 à 720 millions de dollars de pertes de qualité de vie par année. Nous supposons en outre que les 132 000 à 264 000 autres jeunes Canadiens touchés de manière appréciable par l’ESEL subissent des effets plus légers sur leur bien-être (détresse infraclinique, anxiété légère, symptômes légers de TSPT), avec un décrément d’AVAQ de 0,05 par année-jeune touchée — prudent par rapport aux pondérations EQ-5D publiées pour ces états —, ce qui ajoute des pertes de bien-être de 330 à 660 millions de dollars par année. Au total, les pertes de qualité de vie liées à l’ESEL sont estimées à environ 555 millions à 1,4 milliard de dollars par année.
Il convient de préciser que le décrément d’AVAQ de 0,25 à 0,40 s’applique exclusivement à ce sous-groupe gravement touché de 18 000 à 36 000 jeunes — et non à l’ensemble des 150 000 à 300 000 jeunes qui subissent une forme quelconque de violence sexuelle facilitée par la technologie. Les 132 000 à 264 000 jeunes de la population touchée plus large, en dehors du sous-groupe gravement touché, se voient attribuer le décrément nettement plus faible de 0,05, conforme à des effets infracliniques.
Coûts du système de justice
En nous appuyant sur la méthodologie actualisée du coût par cause de Justice Canada pour les procédures relatives aux infractions sexuelles — y compris les coûts d’enquête, de poursuite, de tribunal et de services correctionnels45 — et en l’appliquant au volume estimé de causes cheminant dans le système de justice, le fardeau annuel du système de justice attribuable à l’ESEL est estimé de 90 à 165 millions de dollars par année.46
Coûts de santé mentale liés à la victimisation
Le fardeau de santé mentale à long terme de l’ESEL compte parmi les plus lourds de toutes les catégories de préjudices. À partir de la littérature clinique canadienne sur les traitements de santé mentale spécialisés en trauma et des données de l’ICIS sur l’utilisation des services spécialisés par les jeunes survivants de violence sexuelle, cette composante est prise en compte dans l’estimation du coût de traitement en santé mentale présentée plus haut.
Le total de la catégorie de la violence sexuelle en ligne s’établit de 790 millions à 1,9 milliard de dollars par année.