Catégories de préjudices · Chapitre 6 / 15
Discours haineux et haine en ligne
La haine en ligne touche de façon disproportionnée les jeunes Canadiens. L’Enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet de Statistique Canada a révélé que 71 % des jeunes de 15 à 24 ans avaient été exposés à des contenus haineux en ligne au cours de l’année précédente — bien au-dessus de la moyenne nationale de 49 % pour tous les groupes d’âge.41 L’enquête de 2025 du Dais sur les préjudices en ligne au Canada37 a constaté par ailleurs que 12 % des résidents canadiens déclaraient avoir été personnellement ciblés par du discours haineux en ligne, les taux étant de 50 à 100 % plus élevés chez les résidents racisés, les immigrants récents, les personnes en situation de handicap et les personnes 2ELGBTQ+. Le Programme DUC de Statistique Canada a recensé 4 777 incidents de crimes haineux en 202338, en hausse de 32 % par rapport à 2022. Les crimes haineux liés à la cybercriminalité sont passés de 92 incidents déclarés en 2018 à 219 en 2022.
Coûts du système de justice
Cette sous-composante est établie à partir des données de Statistique Canada et de Justice Canada. Le Programme DUC recense 219 incidents de crimes haineux liés à la cybercriminalité en 2022, dont environ 23 % — soit une cinquantaine d’incidents — visaient des victimes de 12 à 17 ans. De ce nombre, 35 % donnent lieu à des accusations et à un processus judiciaire. En appliquant la méthodologie du coût par cause de Justice Canada (2014) et en tenant compte de l’évolution des dépenses et de la demande liée aux incidents criminels au cours des douze années écoulées depuis, nous estimons entre 0,5 et 2,3 millions de dollars les coûts du système de justice attribuables aux crimes haineux liés à la cybercriminalité touchant les jeunes Canadiens. Cela représente une faible part de la base de coûts des préjudices en ligne; l’essentiel des coûts du système de justice associés aux préjudices en ligne pour les enfants et les jeunes est saisi ailleurs dans la présente analyse, sous les catégories de la cyberintimidation, de l’exploitation sexuelle des enfants et du harcèlement en ligne.39
Coûts de santé mentale liés à la victimisation
Appliqué aux quelque 5,0 millions de Canadiens de 15 à 24 ans visés par le présent document — dont 12 %, conformément à l’enquête du Dais (2025), déclarent avoir été personnellement ciblés par du discours haineux en ligne — et en supposant que de 8 à 14 %40 des jeunes ciblés subissent des effets suffisants pour chercher un traitement en santé mentale, à un coût de traitement mixte de 1 500 $ à 2 500 $ par personne par année, on obtient de 72 à 211 millions de dollars de coûts annuels pour le système de santé mentale. À titre de contexte, si la même attribution était appliquée à l’ensemble des résidents canadiens ciblés par la haine en ligne (environ 4,3 millions de personnes, tous âges confondus), le coût estimé varierait de 520 millions à 1,51 milliard de dollars — ce qui souligne que la portée axée sur les jeunes retenue ici est prudente par rapport au fardeau sociétal complet.
Coûts civiques et institutionnels
La haine en ligne impose des coûts à la vie civique qui vont au-delà des victimes individuelles. Elle entraîne des coûts qui n’apparaissent sur aucune facture médicale ni sur aucun chèque de paie perdu. Quand des jeunes cessent de publier dans les forums publics, quand l’engagement bénévole des jeunes recule, quand des leaders politiques et communautaires émergents issus de groupes ciblés renoncent à la vie publique, ce sont de véritables coûts économiques. Ils sont simplement plus difficiles à mesurer parce qu’ils se dispersent dans l’ensemble de la population canadienne et des institutions au lieu de se concentrer chez des personnes identifiables.
L’Enquête sociale générale sur les dons, le bénévolat et la participation de Statistique Canada établit que les Canadiens consacrent environ 5 milliards d’heures de bénévolat par année à des organismes civiques, à des organismes de bienfaisance, à des institutions religieuses, à des conseils d’école, à des ligues sportives et à des groupes communautaires. Les travaux d’enquête du Dais et de Pew Research Canada, ainsi que des études internationales équivalentes, montrent constamment que de 5 à 10 % des personnes personnellement ciblées par la haine en ligne déclarent se retirer d’activités civiques publiques. Bien qu’il s’agisse d’un véritable coût économique, traduire ces taux de retrait individuel en un chiffre précis à l’échelle de la population exigerait des hypothèses sur l’effet dissuasif plus large sur la participation civique qui ne peuvent pas s’appuyer directement sur la littérature empirique canadienne actuelle. Nous traitons donc cette catégorie comme un préjudice réel et économiquement important, mais qui ne peut être quantifié avec une précision suffisante pour figurer dans l’estimation principale.
À titre purement illustratif : si l’on supposait un effet dissuasif de 1 à 2 % sur la participation bénévole nationale — bien en deçà de ce que suggèrent les données sur les personnes ciblées — et qu’on le valorisait au salaire minimum fédéral d’environ 18,15 $ l’heure, la perte de bien-être annuelle implicite serait d’environ 910 millions à 1,8 milliard de dollars à l’échelle nationale, dont environ 155 à 325 millions de dollars par année pour les jeunes de 15 à 24 ans. Ce montant est exclu du tableau 1 et de tous les totaux principaux.
Dans l’ensemble, le coût total estimé de la catégorie du discours haineux et de la haine en ligne s’établit de 73 à 213 millions de dollars par année.