L’analyse · Chapitre 2 / 15
Approche et méthodologie
Le présent document applique une méthodologie du coût de la maladie (cost of illness, COI), soit la même architecture analytique que celle utilisée dans l’estimation de référence du fardeau économique de la maladie mentale réalisée pour la Commission de la santé mentale du Canada5, dans la série d’études de MADD Canada sur le coût de la conduite avec facultés affaiblies6 et dans les estimations du coût des dépendances de l’ICIS7. Elle évalue ce que les préjudices en ligne coûtent actuellement aux systèmes existants — santé, éducation, justice et marché du travail au sens large — et présente ces coûts sous forme de montants annualisés en dollars d’aujourd’hui. Ces montants reposent sur des données canadiennes documentées d’incidence et de coûts unitaires, complétées par des données internationales ajustées aux conditions canadiennes lorsque les données nationales font défaut.
Pour la présente étude, Reset Tech nous a fourni, au nom de la Coalition pour des espaces en ligne plus sécuritaires, une longue liste de préjudices en ligne. À la lumière de notre examen initial de la littérature, le document a retenu les grands domaines suivants.
- La cyberintimidation et le harcèlement en ligne, y compris leurs répercussions en aval sur la santé mentale, la scolarité et la productivité.
- L’exposition à des contenus qui incitent à l’automutilation et les résultats connexes, en accordant une attention particulière aux coûts pour le système de santé et aux conséquences à long terme.
- Le discours haineux et la victimisation liée à la haine en ligne, y compris le fardeau pour le système de justice, les services aux victimes et la santé mentale, à partir de données administratives déclarées et de la recherche en santé publique.
- Les préjudices liés aux jeux de hasard et d’argent en ligne chez les jeunes et les jeunes adultes.
- La dépendance aux écrans induite par les plateformes et ses effets sur la santé mentale, dans la mesure où il existe des données cliniques établies sur l’incidence des troubles mentaux et sur le temps perdu au chapitre de l’acquisition générale des connaissances en classe.
- L’exploitation sexuelle des enfants en ligne (ESEL).
La méthodologie se déroule en quatre étapes pour chaque catégorie de préjudice.
Nous commençons par établir une base d’incidence canadienne à partir des enquêtes administratives de Statistique Canada, comme les bases de données nationales de l’ICIS sur les hospitalisations, les recherches de Statistique Canada sur les jeunes et la santé, le Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC), les travaux du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances et, lorsque les données canadiennes ne sont pas disponibles, à partir d’estimations internationales validées et ajustées aux conditions canadiennes.
Nous appliquons ensuite des facteurs d’attribution aux préjudices en ligne, tirés de la littérature épidémiologique évaluée par les pairs. Ces facteurs sont ensuite ajustés en fonction de caractéristiques démographiques propres aux jeunes Canadiens afin d’établir un niveau d’incidence de référence. Dans plusieurs cas, la littérature présente des estimations divergentes; nous l’avons signalé et nous avons tenté de fournir une estimation basse et une estimation haute de l’éventail des répercussions possibles.
Pour chiffrer le coût de cette incidence, nous multiplions ensuite l’incidence par des coûts unitaires tirés de sources canadiennes publiées. Les données de coûts unitaires sont de millésimes variables; nous avons donc pris des mesures pour projeter ce que nous estimons être la meilleure estimation de ces activités en dollars de 2026, à partir des tendances récentes de la demande, de la croissance démographique, de l’évolution des dépenses du secteur public par niveau d’activité et, s’il y a lieu, de facteurs macroéconomiques comme le PIB nominal ou le niveau des prix.
Nous additionnons ensuite les différents canaux de répercussions pour obtenir une estimation globale, selon un scénario bas et un scénario haut. Comme certains canaux d’incidence peuvent se chevaucher et faire double emploi, nous appliquons un facteur d’abattement — décrit plus loin — afin de contrôler ces effets à l’échelle agrégée. Comme nous le signalons également, lorsque des données d’incidence ou de coûts d’activité de sous-catégories provenaient de sources internationales, nous avons tenté d’en retrancher les composantes déjà couvertes ailleurs dans ces travaux, par souci de comparabilité.
Enfin, il convient de noter que la présente analyse porte explicitement sur les préjudices facilités par les plateformes et n’évalue pas la valeur économique des avantages associés à l’activité en ligne — accès à l’éducation, liens sociaux, accès à l’information et développement des compétences —, lesquels compenseraient en partie les coûts documentés ici. Une analyse complète du bien-être social de l’activité en ligne devrait soupeser les deux côtés du grand livre; le présent document ne traite que du côté des préjudices.
À titre de contexte, on compte environ 11,3 millions de Canadiens âgés de 0 à 24 ans8, soit environ 27 % de la population. Chaque estimation de coût présentée ici est explicitement rattachée à ce groupe, compte tenu de l’intérêt initial du gouvernement pour un régime visant les préjudices subis principalement par les enfants et les jeunes. Lorsque les données exigent des tranches d’âge qui débordent sur les jeunes adultes (comme la cohorte des 18 à 29 ans dans la recherche sur le jeu), nous documentons le resserrement appliqué et signalons tout excès de prudence qui en résulte.